L’enluminure au Moyen-Age

   L’histoire de l’enluminure remonte au tout début du Moyen Age, c’est-à-dire vers la fin du IVème siècle. C’est l’époque de la naissance du livre sous la forme que nous lui connaissons aujourd’hui: le « codex ». Le codex remplace petit à petit le « volumen », son ancêtre, qui se présentait sous la forme d’un rouleau. Dans tous les pays le besoin d’illustrer les livres se développe, et avec lui toute la diversité des styles propres à chaque région, civilisation et époque.

Les fonctions

   Le mot « enluminure » se définit par lui-même: d’origine latine « illuminare », il signifie « illuminer », mettre en lumière un texte. Les fonctions des peintures dans les livres étaient diverses et se sont modifiées dans le temps avec l’évolution des besoins, de la pensée, de la littérature… Parmis elles, outre la fonction décorative et ornementale pure et simple:

  • Situer le lecteur dans le texte (chapitrage…)
  • Le livre médiéval est au départ principalement religieux. Il est alors élevé au rang de « sacré ».
  • certains ouvrages pultôt scientifiques contiennent des illustrations de description (botanique, médecine…)
  • A une époque ou peu de gens sont lettrés, l’illustration prend la même fonction que les vitraux: l’image raconte le texte presque comme une bande dessinée. Il est ainsi plus facile de le comprendre.
  • Un manuscrit à peintures peut être le reflet de la richesse de monarques qui se font faire en leur nom de véritables chefs-d’oeuvres luxueusement ornés et reliés. Cela leur permet également de participer au mécénat d’artistes.
  • Transmettre des symboles non dits dans le texte mais décryptables seulement par la lecture d’image, et par extension passer des messages.

   Pour répondre à des besoins d’abord religieux, les livres sont dans les premiers siècles fabriqués par les moines, principaux lettrés de la population. Plus tard, vers le XIIIème siècle, les universités se développent et créent un énorme besoin d’ouvrages. Pour assouvir une demande de plus en plus forte, des ateliers laïques sont alors créés. La fabrication des livres se démocratise et  devient un artisanat à part entière.

Les styles

   Les 1200 ans où l’enluminure s’est exprimée ont pu voir la grande diversité de styles et de talents sans fin de nos ancêtres. En enluminure occidentale les styles sont définis par les grandes périodes couvertes par le Moyen Age.

  • les styles insulaire et mérovingien (avant le IXème s.)
  • le style carolingien (IXème au Xème s.)
  • le style roman (Xème au XIIème s.)
  • la période de transition (XIIIème s.)
  • le style gothique (XIVème au début du XVIème s.)

Les enluminures orientales ont aussi leur part en Arabie, Perse, Arménie, Inde…

La réalisation

   La conception et la fabrication d’un codex nécessite une véritable corporation de plusieurs métiers différents.

  • En amont, les fabricants de matières premières, tels que les parcheminiers et les fabricants de couleurs
  • Au centre, une personne était affectée à une seule activité particulière: l’une coupait le parchemin, l’ autre traçait les lignes, le copiste calligraphiait le texte, le dessinateur traçait les esquisses des futures enluminures, le crysographe posait la feuille d’or, plusieurs peintres se partageaient le travail des lettrines, des pleines pages et autres décors, et enfin le relieur pour l’assemblage du manuscrit.
  • En aval parfois, d’autres métiers pour les finitions telles que les orfèvreries.

 

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   Malheureusement, l’invention de l’imprimerie à la fin du XVème siècle acheva le temps des livres construits, écrits et peints par la main de l’homme qui fut substituée au fil des siècles suivants par les machines. Il ne faut surtout pas renier cette découverte qui révolutionna les mondes littéraire, scientifique, théologique…, démocratisa la diffusion des savoirs et de la culture et facilita l’accès de l’alphabétisation au plus grand nombre. Mais l’artisanat de l’enluminure subsista encore quelques décennies puis finit par disparaître au début du XVIIème siècle et emporter avec lui les savoirs-faire que nos ancêtres avaient mis des centaines d’années à établir…

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